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Violences sexuelles : comprendre les traumatismes et accompagner les victimes

18 oct.
9 min de lecture

Le mois dernier, j’ai participé à une formation immersive de deux jours sur "Les bases de la connaissance en matière de violences sexuelles", organisée par l’association "Stop aux Violences Sexuelles 26-07" située à St-Paul-le-Jeune 07460.



Cette formation était proposée aux parents, professionnels de l'éducation, soignants, thérapeutes, mais aussi simples citoyens. Parce que nous avons tous un rôle à jouer dans la prévention, le repérage et l'accompagnement des victimes.

J’en retiens une expérience intense, éclairante et profondément humaine. Elle m’a confirmé qu’il n’y a aucune fatalité, et qu’il existe toujours un chemin pour retrouver la paix et la pleine possession de son histoire.

J’espère par ces quelques lignes, vous proposer un espace sans jugement, ni attente particulière, juste de la compréhension et surtout des repères pour vous aider à y voir plus clair.

 

1. Les violences sexuelles ne sont pas une question de sexualité, mais bien de violence


L’un des premiers enseignements de cette formation, c’est de redonner leur juste définition aux actes.

Les violences sexuelles ne doivent pas être confondues avec la sexualité, elles n’ont rien à voir avec le désir mais traduisent exclusivement le pouvoir, l’agression et la domination. Alors qu'au contraire, la sexualité repose sur le respect, la liberté et le consentement.


Pour la loi et la clinique, il est important de distinguer :

- Le viol : toute pénétration (par le sexe, le doigt ou un objet) imposée par la violence, la menace, la contrainte ou la surprise.

- L’agression sexuelle : tout acte à caractère sexuel sans pénétration avec un contact physique imposé (attouchements, caresses forcées).

- Les agressions sans contact physique : le harcèlement, la sextorsion, le voyeurisme ou la diffusion de photos intimes sans consentement ("revenge porn").

- L’inceste : un viol ou une agression commis au sein du cercle familial. Il s'appuie très souvent sur l'emprise, ce qui explique pourquoi l'agresseur tend à le nier et pourquoi la victime peine parfois à nommer l'interdit.


Une distinction importante : Les professionnels distinguent aujourd'hui clairement la pédophilie (une attirance ou une orientation, avec la conscience de ne pas passer à l'acte) de la pédocriminalité (le passage à l'acte criminel d'agression ou d'exploitation d'un enfant).

 

Le contexte ne change rien à cette réalité : une relation amoureuse, un mariage, un lien familial ou une relation d'autorité ne donnent jamais un droit sur le corps d'autrui. Les violences peuvent être préparées, s'inscrire dans une relation d'emprise ou s'installer progressivement. Les victimes n'ont pas nécessairement été trompées par un comportement ouvertement menaçant. Elles ont pu faire confiance à quelqu'un qui occupait une place importante dans leur vie.

Cette confiance n'est pas une faute, vous n’y êtes pour rien, et la honte n’a jamais été la vôtre.

En janvier 2025, la Cour européenne des droits de l'homme a d'ailleurs condamné la France dans une affaire où une femme avait été considérée comme fautive dans son divorce pour avoir cessé d'avoir des relations sexuelles avec son mari. Cette décision rappelle que le consentement ne peut pas être présumé au motif que deux personnes sont mariées.

Être en couple ne signifie pas devoir accepter un rapport sexuel. Être parent ne signifie pas avoir tous les droits sur son enfant. Et aimer quelqu'un ne lui donne jamais le droit de disposer de son corps.



2. Les violences sexuelles envers les enfants : comment les protéger de cette réalité


Dans le monde, 1 fille sur 5 et 1 garçon sur 7 ont été confrontés à des violences sexuelles.

Selon les chiffres rappelés par la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), environ 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France, cela représente en moyenne 3 enfants par classe et 5,4 millions de personnes touchées avant leurs 18 ans.

Dans 77 % des cas, les faits se déroulent dans la famille ou l'entourage proche.

 

Si ces chiffres sont impressionnants, ils rappellent que la proximité avec l'auteur peut rendre la situation encore plus difficile à comprendre pour l'enfant. Comment imaginer que la personne qui est censée nous protéger puisse nous faire du mal ? Comment parler de faits que l'on ne comprend pas soi-même, surtout lorsque l'auteur demande de garder le secret, menace ou fait croire que ce qui se passe est normal ?

Certains enfants ne disposent pas des mots pour raconter ce qu'ils vivent. D'autres craignent de ne pas être crus, de provoquer une séparation familiale ou d'être responsables des conséquences de leur révélation.

Et surtout, il arrive qu'un enfant ne se considère pas comme une victime, parce qu'il a été progressivement amené à accepter une situation qu'il ne pouvait pas comprendre.

 

Comment favoriser la parole des enfants ? La prévention commence bien avant qu'un problème soit identifié.


Nous pouvons apprendre aux enfants à reconnaître leurs émotions, à exprimer leurs limites et à comprendre que leur corps leur appartient.


Quelques habitudes simples peuvent contribuer à ouvrir le dialogue :

- Demander régulièrement à l'enfant ce qui lui a fait plaisir dans sa journée, mais aussi ce qui l'a rendu triste, inquiet ou en colère.

- Lui expliquer qu'il a le droit de refuser un contact physique qui le met mal à l'aise.

- Lui apprendre à distinguer un "bon secret" (la préparation de l’anniversaire surprise de Maman !) d'un secret qui lui fait peur, qui lui demande de cacher quelque chose ou qui lui fait du mal à lui ou à quelqu’un qu’il connait.

- Lui rappeler qu'il peut parler à un adulte de confiance, même si quelqu'un lui a demandé de se taire.


Attention toutefois : un enfant peut apprécier une personne qui lui fait du mal, ne pas identifier immédiatement une situation comme violente ou avoir des réactions qui nous semblent contradictoires.


L’évolution de la notion de prescription et responsabilité grâce à la loi Shiappa de 2018, qui a porté le délai de prescription des crimes sexuels sur mineurs à 30 ans à compter de la majorité de la victime. De plus, la responsabilité pénale d'un mineur peut être engagée dès l'âge de 13 ans.

 

 

3. Internet et les nouvelles formes de violences sexuelles


La cyberpédocriminalité a tendance à s’étendre car elle s’adresse à des jeunes laissés seuls qui cherchent un confident. L’adulte ou l’adolescent utilise les réseaux sociaux, les jeux en ligne ou les messageries pour gagner la confiance du jeune, et l'amener progressivement à envoyer des photographies intimes ou à participer à des échanges sexuels. Cela s’appelle le "grooming".

Attention, il n’y a aucune volonté, ici, de culpabiliser les parents (solos ou non), qui sont surmenés par le quotidien et n’ont souvent pas de moyens de proposer des activités bien encadrées à leurs enfants.

Une fois les images obtenues, les menaces peuvent commencer : diffusion aux proches, chantage financier ou sexuel, demandes répétées de nouvelles images. On parle notamment de sextorsion lorsqu'une personne utilise des menaces liées à des contenus intimes pour obtenir quelque chose de sa victime, ou de "revenge porn" concernant la diffusion non consentie d'images intimes après une séparation.

 

La facilité avec laquelle les adolescents sont exposés à des contenus pornographiques, leur donnent une représentation déformée des relations sexuelles, du consentement et des rapports de pouvoir.

Le problème n'est pas seulement l'accès à ces images. C'est surtout le risque de les prendre pour des modèles de comportement, alors qu'elles ne constituent ni une éducation affective ni une représentation fiable des relations sexuelles réelles. Pour rappel, le porno sert à augmenter l’excitation, et aucunement à développer la sexualité.


Il est donc essentiel d'accompagner les jeunes dans leur compréhension du consentement, du respect de l'intimité et des risques liés au partage d'images. À ce propos, depuis 2024, sont pénalisés : l’incitation au SMS à caractère sexuel, l’envoi de "nude" sans consentement. Et depuis 2026, la propagation est punie, même si vous n’en êtes pas l’auteur.


 

4. Comprendre ce qui se passe dans votre corps et votre tête


Pourquoi continue-t-on de ressentir de la peur, du stress ou des blocages alors que les faits sont passés ?

Selon la situation, notre instinct de survie aura 3 possibilités : soit tenter de fuir, soit de se défendre ou au contraire de se figer. Cette sidération peut amener la victime à rester immobile, ne pas parvenir à parler ou sembler absente pendant son agression.

Ce même instinct de survie peut amener la personne jusqu’à la dissociation : elle se sent alors comme détachée de son corps, de ses émotions ou de ce qui est en train de se produire.

Ces réactions ne sont ni des choix conscients ni des signes de faiblesse et surtout ne signifient pas que la personne consent.

 

Lors d'une agression, le corps subit une surcharge hormonale massive (adrénaline et cortisol). Le cerveau se met en mode "survie psychique", c’est... "l’amnésie traumatique".

Cela signifie que le classement de l'événement dans le "disque dur" des souvenirs (l'hippocampe) est impossible. L'information reste bloquée dans l'amygdale (la zone de la peur) : « Ça n'a pas de sens ! Pourquoi mon père/mon frère/mon moniteur/mon surveillant… me viole alors qu'il devrait me protéger ? » Résultat ? C’est le Syndrome de Stress Post Traumatique : Le cerveau a l'impression que le danger est encore présent aujourd'hui. 

 

Ce blocage peut générer des symptômes au quotidien :

Des reviviscences : flashs sensoriels, cauchemars, impressions de revivre la scène.

Des réflexes d'évitement : détour par d'autres chemins, rejet de certaines couleurs, odeurs ou situations.

Des émotions lourdes : culpabilité, baisse d'estime de soi, sentiment d'illégitimité.

Une hypervigilance : difficultés à dormir, sursauts, sensation d'être toujours sur ses gardes.

Des signaux du corps : migraines ; douleurs gynécologiques : vaginisme (contractions involontaires rendant le passage dans le vagin difficile, voire impossible), tensions, dyspareunie (douleurs avant, pendant, ou après une relation sexuelle avec pénétration) ; fatigue chronique ou crises de panique.

 

Reconnaître ces réactions pour ce qu'elles sont — c'est-à-dire des réponses normales de votre corps à un événement anormal — est souvent le premier pas pour se déculpabiliser.

 


5. Les ressources et l'écoute à votre portée


Il n'y a jamais d'obligation de parler ou d'aller vite. Mais lorsque vous ressentirez le besoin d'un soutien, sachez que des structures et des outils existent :

 

Pour échanger ou s'informer en Drôme – Ardèche :

- AMAV 07 (Aide aux victimes) : 04 75 29 30 07

- CIDFF 26 (Droits des femmes et des familles) : 04 75 82 06 10

- REMAID 26 (Mineurs victimes) : 04 75 55 39 34

- UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique Enfants en Danger) Valence : 04 75 05 76 73

- UAPED Ardèche : 04 75 05 75 85

- CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes) 26 : 04 75 79 69 59

- CRIP 07 : 04 75 66 78 47

- SVS 26/07 : 07 69 35 55 15 svs-dromeardeche.fr

  Propose des groupes de paroles à Portes-Lès-Valence, Montélimar et Les Vans

  Atelier thérapeutique d’escrime à Guilherand-Grange

 

De façon plus générale :

3919 (Violences Femmes Info) : gratuit, anonyme et disponible à tout moment.

119 (Enfance en Danger) : pour protéger les plus jeunes.

3114 : le numéro national de prévention du suicide, pour les moments de grande détresse.

0 806 23 10 63 (Dispositif Stop / CRIAVS) : orientation et soutien.

 

Des outils discrets

Mémo de Vie (memodevie.fr) : une application gratuite et sécurisée qui permet d'écrire son journal de bord, d'enregistrer des notes ou des preuves, tout en conservant une sortie rapide et sécurisée.


Une avancée législative importante dans la lutte contre les violences sexuelles

Le 13 octobre 2026, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité des suffrages exprimés la proposition de loi, dite « loi intégrale », visant à mieux lutter contre les violences sexuelles et sexistes envers les femmes et les enfants.

Ce texte entend notamment améliorer l'accueil des victimes, renforcer la formation des enquêteurs, spécialiser le traitement judiciaire de ces violences et faciliter certaines démarches de protection. Il prévoit également des mesures concernant le retrait de contenus intimes diffusés sans consentement et la prévention de la victimisation secondaire, c'est-à-dire des souffrances supplémentaires que peuvent provoquer certaines réactions ou étapes de la procédure.

Cette évolution rappelle que la lutte contre les violences sexuelles ne repose pas uniquement sur la sanction des auteurs. Elle implique également de mieux écouter les victimes, de prendre en compte leurs besoins et de leur permettre d'être accompagnées avec davantage de respect et de sécurité.

Cependant, au moment où j'écris ces lignes, le texte doit toutefois poursuivre son parcours parlementaire avant de pouvoir entrer en vigueur.



6. Et maintenant ? Avancer vers la reconnexion


En accompagnement, il est préférable de parler de "reconnexion"plutôt que de "guérison". Le traumatisme n'est pas une maladie dont il faut guérir, mais une blessure avec laquelle on apprend à réinstaurer de la douceur, de la sécurité et du sens.

 

Voici quelques principes simples qui guident ma pratique :

  • Remplacer la honte par la compassion : Vos réactions passées et présentes sont des réflexes de survie intelligents de votre organisme.

  • Réapprivoiser son corps à son rythme : Avec des exercices très doux de respiration comme la cohérence cardiaque (l'inspiration réveille l'énergie, l'expiration ramène le calme), pour réapprendre au système nerveux qu'il est en sécurité ici et maintenant.

  • Mettre l'accent sur les "petits riens" : Lister et pratiquer ces petites choses simples du quotidien qui vous font du bien et vous ancrent dans le présent.

  • Reprendre la parole : Parler à partir du "je", exprimer ce qu'on ressent sans crainte d'être jugé·e ou interrompu·e.

 

Un espace d'écoute ouvert pour vous

Mon objectif n'est pas de vous imposer un protocole ou de vous brusquer. Mon rôle est de vous offrir une écoute attentive, bienveillante et sécurisante, afin que vous puissiez déposer ce qui est trop lourd et avancer à votre propre rythme.

Si vous ressentez le besoin d'échanger, de poser des questions ou simplement de vérifier si ma démarche peut vous convenir, n'hésitez pas à me contacter. Nous pourrons prendre un premier temps d'échange informel, en toute confidentialité et sans aucun engagement.

Rappelons que derrière chaque situation, il y a une personne dont l'histoire ne peut pas être réduite aux violences qu'elle a subies. Avec du soutien, de la sécurité et un accompagnement adapté, il est possible de retrouver progressivement sa place, ses limites et sa liberté.

 


 
 
 

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